Benjamin L. Aman

Né en 1981 à Rouen
Vit et travaille à Aubervilliers et Berlin



La lumière noire

Fixer l’instant – tel pourrait être une constante dans le travail de Benjamin Laurent Aman. Usant de l’installation comme du papier, du graphite comme du son, de l’écriture comme de l’enregistrement, son travail évolue au sein d’un ensemble de perceptions combinant une approche à la fois physique, mentale et émotionnelle de l’espace. En 2011, l’artiste a produit une série de travaux, les bien nommés Quasars, dans lesquels il a poncé des disques vinyles pour effacer leurs sillons puis a recouvert leur surface d’une couche de poudre de graphite noir. Anéantissant physiquement l’information acoustique stockée sur le disque, Aman l’a remplacée par un scintillement mat de graphite, créant un puissant effet visuel (comme une saturation 100% noire). Depuis 2012, dans de larges séries de dessins, le noir du graphite est utilisé une nouvelle fois pour suggérer une densité, celle d’une masse physique fixée sur le papier. Les Ice blocks évoquent un stockage de matière noire sur un espace tangible mais inexistant, uniquement suggéré par sa construction en perspective. Les UFOs (Unlimited Flowing Occurences), sous-titrés étude de bruit, étude de chute ou encore étude de nuit ou plus récemment la série Présence d’une présence (A Silent Flow) sont des séries de dessins utilisant une nouvelle fois comme matériau unique la poudre de graphite, appliquée suivant une technique mixte faite d’aplats, de pochoirs, de recouvrements successifs dont on peine étrangement à discerner la part accidentelle de la part intentionnelle. Un regard attentif détecte pourtant dans ces dessins certains principes de composition qui dévoilent leur indubitable préméditation. Par sa facture, chaque format trouble par son étonnante similarité avec d’autres techniques d’imagerie en noire et blanc. On pense au photogramme, à la pellicule filmique ou même à la photocopie; pourtant c’est une technique manuelle et épurée qu’utilise l’artiste pour fixer sur le papier non pas l’état d’une image, mais davantage son devenir, offert à l’expérience flottante du regard, dans une relation pour ainsi dire d’ intimité avec son regardeur. Chaque image, saisie dans une dualité ontologique de l’ apparition et de la disparition, gravite dans une relative apesanteur où s’équilibrent noir et blanc, profondeur et réfexion, bruit et silence, et de manière plus générale l’acte de voir et de ne pas voir, d’entendre et de de ne pas entendre ce qui s’offre à la vue, ce qui s offre à l’ouïe. En inscrivant son travail dans le temps et l’espace, Benjamin Laurent Aman construit des zones ouvertes à la déambulation du regard et marquées par un sentiment du lieu où se mêlent réflexions et vie – un lieu qu’on pourrait dire envahi par une intense lumière noire.

Magnus Schaefer, historien et critique d’art, commissaire assistant au MoMa (NYC)
2013


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