Edith Commissaire

Née en 1952 à Ugine
Vit et travaille entre Paris et la Normandie



Les mondes qu’éveille inlassablement Edith Commissaire sont infinis :
ils rassemblent, ils permettent les glissements et provoquent les
floraisons les plus inattendues, ils inondent puis disparaissent pour
s’incarner ailleurs, dans des mouvements encourageants, ils
ralentissent le temps, ils observent la nuance. Je ne peux m’empêcher
d’y percevoir des bruits, j’allais écrire innombrables mais le mot
est trop déclaratif, Edith aime les plis, les extraits, et ses habits,
royaux, se reconnaissent aux termes d’un songe d’une nuit
d’été.
__

Les mondes sont réels et déplacés. Les climats, les géographies, les
pages d’un livre inlassablement réécrit, ou effacé, les encres, les
tissus, les médecines douces qui n’excluent jamais le poison ni le
danger, le souvenir des sols, des poussières et des architectures, le
verre et la cuillère, la neige, constituent parmi bien d’autres
l’ensemble des matériaux de cet opéra secret, né sans ostentation,
jouant de la variation plus que du manifeste, rayonnant dans un mariage
désordonné de lucioles dont ils se font les protecteurs les plus
obstinés, et redoutables, je le pense.Le vocabulaire plastique ici
épouse les hésitations de la langue, et ses fantaisies, il aime à
s’égarer, à s’incliner, à libérer le sens contenu dans les
décisions orthographières.*

Edith Commissaire se sert de l’art comme d’un instrument de
jardinage. Ne lui demandez pas d’être semblable à une
conférencière rance aguerrie sur des bancs glacés, elle est une
prêtresse, une fille des bois, et des terres et des déserts, elle sait
que les désirs l’emportent toujours sur la raison, que les erreurs
sont fatales mais qu’elles peuvent servir. La mémoire est
extraordinaire lorsqu’elle l’arpente lentement, reprenant son
souffle après chaque effort considérable. Avec elle, les essences
guettent des angles, le piquant est douceur, le cône novateur, la
sphère un espace conforme à la nature.

Parfois un rêve s’échappe d’une pluie tombée dans la nuit. Un
sourire grimpé sur un iceberg semble s’être incarné en un diamant
qu’un vent malicieux transforme à son tour en poussière
phosphorescente. Un chant au loin se lève. C’est le chant d’Edith,
des haies, des dîtes, ces étranges chutes d’oiseaux amers et
sucrés à la fois, avant que leur vol s’accorde à nouveau aux
étoffes libérées du matin. Comparable aux frémissements d’une
danse qu’une soeur indienne entame dans un parfum d’écorce et de
légendes.

*J’aurais pu écrire « orthogreffières », allusion à cette
autorité procédurière qui s’attache à museler la langue sans
pedigree.

Pierre Giquel, écrivain, poète et critique d'art
Des encres, des traits, des parfums..., le 28 février 2016