Mélanie Vincent

Née en 1985 à Lagny-sur-Marne
Vit et travaille entre Paris et Bruxelles



Mélanie Vincent s’inspire de littérature et particulièrement de récits de voyage, parmi eux Le Mont Analogue de René Daumal, relatant la découverte puis l’ascension par un groupe d’amis de la montagne mystérieuse. Mystérieuse et fascinante car elle relirait la terre à l’au-delà. Malheureusement l’auteur mourra avant d’avoir achevé son œuvre, abandonnant ses personnages au beau milieu de leur expédition. Incomplet, ce roman décrit pourtant justement le but de ce voyage, qui n’est ainsi pas tant l’arrivée, le sommet, mais bien le voyage lui-même.

Cette idée qui consisterait à créer les conditions d’une expérience davantage qu’un objet autonome n’est pas étrangère à la démarche de Mélanie Vincent. Tout comme le motif de la montagne – relief qui se détache parfaitement du paysage, mais qui ne peut cependant s’appréhender totalement. La montagne se dérobe. Les œuvres ici aussi.

L’expérience que l’artiste propose est celle de la perception. À titre d’introduction à son travail, elle évoque le phénomène du point aveugle. Très brièvement il s’agit, d’une part infime, manquant à l’image que nous recevons – une toute petite portion de notre rétine étant dépourvue de photorécepteurs – et que le cerveau reconstitue.

Cette part manquante, cette zone de trouble, l’artiste tente de la traduire notamment à travers des dispositifs lumineux qui viennent généralement traverser littéralement l’image présentée (des cartes postales ou des posters de paysages montagneux) et éblouir en partie le spectateur curieux. En perturbant ainsi la perception, elle ouvre un nouvel espace de projection (au sens propre ?), dans lequel les images s’émancipent. Leurs surfaces fendues (on pense aux toiles de Lucio Fontana), elles s’engouffrent dans l’espace opaque de l’invisible.

L’artiste explore par ailleurs le potentiel d’autres matériaux, dont les plaques de bois et d’aluminium qu’elle utilise à la fois comme support d’exposition de ses images (les plaques de contreplaqué présentées par exemple inclinées contre le mur) mais aussi comme motif, pour leurs qualités propres. C’est ainsi qu’elle souligne au stylo pyrograveur les nervures du bois, ou qu’elle polit et martèle des feuilles d’aluminium. Émergent ainsi du corps même de la matière, marqués au marteau ou encore brûlés, des paysages fragmentaires et dispersés, qui investissent, comme rhizome embryonnaire, l’espace de l’exposition. Le voyage ne fait que commencer.

Solenn Morel, directrice, Centre d'art Les capucins
2012

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\ Portfolio
\ Texte de Caroline Soyez-Petithomme \ Sans titre
\ Texte de Solenn Morel \ Sans titre
\ Texte de Septembre Tiberghien \ La tache aveugle