Vincent Chenut

Né en 1985
Vit et travaille à Bruxelles



Après une exposition personnelle au Musée d’Ixelles au printemps 2013, ainsi qu’une présentation à la TAMAT au mois d’octobre suivant, suite à sa résidence, Vincent Chenut cumule les honneurs. Lauréat du prix des collectionneurs lors de l' édition de la Slick Art Fair Paris 2013, le jeune artiste français ayant fait ses études à la Cambre se démarque par son approche singulière du dessin. Il fait partie de ces artistes qui tout en restant fidèle à la tradition, soumettent leur médium à de violents assauts. Par définition, le dessin peut se résumer à l’ajout d’une matière, qu’elle soit maigre ou grasse, sur un support donné généralement fait de papier dans le but de représenter un certain nombre d’éléments figuratifs ou abstraits. Depuis les années 1960 toutefois, le champ du dessin s’est élargit suite à l’apparition de la performance, de l’art minimal et du land art. Davantage qu’un outil, le dessin témoigne d’un processus et d’une volonté de sortir du cadre stricte de l’atelier ou du musée où il est exposé.

Leçon d’anatomie

C’est dans cette optique qu’il faut envisager la pratique de Vincent Chenut, qui se décline principalement sous trois formes qui sont les papiers soulevés, les installations in situ et les cartes géographiques détournées. Le premier type d’intervention consiste à disséquer le papier dans le sens de l’épaisseur, de manière à ce que la partie supérieure se détache du support tout en gardant un point d’ancrage. De part ce passage à la tridimensionnalité, le dessin acquiert ainsi un statut différent, presque sculptural. L’artiste choisit alors d’intervenir sur cette nouvelle surface de travail en y ajoutant du pigment, puis en la retournant sur elle-même jusqu’à épuisement de toutes les possibilités. L’usage de la couleur est aléatoire et sert uniquement à marquer les différentes étapes de transformations successives du support. Ces diverses manipulations donnent lieu à des résultats formellement très variés, passant d’un minimalisme épuré à des compositions plus denses et plus rythmées. D’autres s’apparentent davantage à des collages d’affiches lacérées, comparables à ceux de Jacques Villeglé. Cependant, il y a quelque chose de plus physique, voire de presque charnel dans le travail de Vincent Chenut. Tel un chirurgien armé de son scalpel, il détache précautionneusement l’épiderme de la feuille de papier. Les fibres révélées sont autant de muscles et de chair mises à nues. Il n’est pas étonnant d’apprendre que l’artiste a réalisé une série d’écorchés qui s’inspire des natures mortes de Jean Siméon Chardin. Aux côtés du lapin, de la grenouille et du poulet, on y retrouve la célèbre raie aux traits anthropomorphes du maître français. Plus pudique et moins ouvertement sexuée que l’originale, elle ne laisse entrevoir que quelques pans rosés sous sa cuirasse. Exposés sur des tables de dissections, l’ensemble avait de quoi évoquer l’atmosphère clinique d’une classe de biologie. Mais contrairement au docteur Tulp de Rembrandt, ce n’est pas une leçon d’anatomie que nous convie Vincent Chenut, mais bien à une mise à nu des apparences pour révéler ce qui se cache derrière la surface des choses. (...)

Septembre Tiberghien, historienne de l'art et commissaire d'exposition
Texte paru dans L'art même, n°61, p. 48, Bruxelles 2014


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